Homélie du dimanche 8 mars 2020

Publié le 13 mars 2020

2ème Semaine de Carême.   .              Gn 12, 1-4a;Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22;2 Tm 1, 8b-10;Mt 17, 1-9)

                                                             C’est lui mon Fils bien-aimé, écoutez-le !

Nous avançons sur le chemin du carême, cheminant vers la Croix,  et voici que la liturgie de ce jour déploie devant nos yeux éblouis le  mystère de la Résurrection dans  l’épisode de la Transfiguration du Seigneur. Mais pour entrevoir ce mystère, il nous faut d’abord, comme Abraham,  quitter nos sécurités et nous aventurer en terre inconnue pour être rendus dignes de la vie éternelle.

Quitter nos sécurités pour connaître Dieu et découvrir notre mission

Abraham reçoit de Dieu l’appel à entreprendre un voyage vers l’inconnu, à abandonner ses certitudes, à s’arracher même des liens les plus légitimes : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père  et va vers le pays que je te montrerai ». En échange Dieu fait une promesse :  »  je ferai de toi une grande nation….En toi seront bénies toutes les familles de la terre ».  Abraham est vieux, il n’a pas de descendance. La  promesse de Dieu semble folle, et plus fou encore, celui qui, sur cette parole, se met en route !

Abraham est le père des croyants. Comme Marie, comme Jésus, il ne discute pas les ordres de Dieu. Il se met en route….   Il s’agit, bien entendu, d’un déplacement géographique. Abraham quitte la terre où il est établi avec  les siens pour une terre inconnue. Mais le plus important, c’est le déplacement intérieur, celui qui va lui faire comprendre, petit à petit, qui est vraiment Dieu qui s’adresse à lui.  Le monde culturel dans lequel évolue Abraham est un monde païen fourmillant de divinités aux pouvoirs plus occultes que divins, idoles faites à l’image de l’homme et sur lesquelles sont projetés tous les fantasmes de jalousie, de violence, de haine, de toute puissance… A y regarder de près, notre monde n’est peut-être pas tellement différent de ce monde éloigné du vrai Dieu, adorateur de fausses valeurs, avec la puissance de la technologie en plus !

Abraham se laisse convertir. Il découvre qu’il n’appartient pas à l’homme de décider du visage de Dieu. Il découvre que c’est Dieu qui se révèle avec le visage exigeant autant que tendre d’un Dieu père. Ce chemin qu’a parcouru Abraham, cheminement intérieur exigeant, voilà ce à quoi nous sommes invités en ce temps de Carême. Ayons confiance dans le Dieu qui nous guide ! A défaut de nous demander de quitter notre pays, il nous demande à coup sûr de changer notre cœur, de revoir notre chemin de vie pour le mettre davantage en accord avec sa volonté, en commençant par écouter sa Parole comme le fit Abraham, afin de quitter beaucoup de choses inutiles, encombrantes.

Toujours plus loin

Mais Dieu nous conduit toujours plus loin. Comme l’horizon, il est impossible d’atteindre aux limites de son amour. La promesse faite à Abraham dépasse largement le destin d’un seul homme. La foi d’Abraham, c’est celle qui met en chemin. Un jour Marie, entendant la voix de l’ange (donc de Dieu), se mettra en route vers sa cousine Elisabeth. Un jour Jésus, se faisant baptiser par Jean-Baptiste, verra le ciel s’ouvrir et entendra la voix venue du Ciel le reconnaître comme fils bien aimé – et ce sera le début de sa vie publique. Rencontrer Dieu, le connaître, c’est toujours recevoir une mission, c’est être envoyé. L’apôtre Paul le sait bien à la veille de sa mort. Il ne cache rien de la difficulté de la mission : « avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile », dit-il à Timothée. Nous sommes tous appelés à « une vocation sainte » pour faire resplendir la lumière de Dieu jusqu’aux confins de la terre et pour que nous ayons part à la vie éternelle.

Le don de la vie éternelle pour notre mission à accomplir

C’est sur une haute montagne que Jésus conduit ses disciples. Tous ne sont pas appelés à vivre ce moment inouï, mais ces trois-là (c’est en tout cas vrai pour Pierre!) avaient besoin plus que les autres d’être confortés dans la foi à la veille de la Passion.  Comme nous aujourd’hui, ils avaient besoin d’entendre encore et encore la voix du Père qui confirme que ce Jésus, ce nazaréen avec lequel ils parcouraient les routes, était bien le Messie. Et voilà que ce Messie est désigné comme fils et non pas comme roi, descendant de David, appelé à régner sur la terre. Il est d’abord fils, venu en ce monde pour accomplir les promesses, pour racheter le genre humain. Un jour, nous aussi, par la grâce de Dieu et par le sacrifice de Jésus, nous serons transfigurés c’est-à-dire que tout notre être sera ajusté à la volonté de Dieu.  En attendant, il nous faut accepter les déserts à traverser, la soif et la faim qui creusent en nous le vrai désir, celui de l’éternité.  L’épisode de la transfiguration est une fulgurance qui nous dévoile par avance le monde à venir, celui dans lequel tout sera accompli. Pour quelques instants la grâce donnée en Jésus le Christ a été rendue visible comme nous dit l’apôtre Paul : « Notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté : il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile ».

C’est ce même Christ ressuscité qui vient à nous aujourd’hui au travers des sacrements, particulièrement dans l’Eucharistie.   Par avance, nous qui n’avons pas encore vécu notre pâque, nous qui sommes en chemin, nous qui avons faim et soif, nous sommes invités à contempler et à nous nourrir de la grâce de Dieu manifestée en Jésus Christ. Comme Pierre, il nous faut comprendre que le temps n’est pas au repos. Inutile de dresser des tentes, il faut se remettre en route car la Bonne Nouvelle reste à annoncer. C’est notre tâche, c’est notre mission.

+ Georges Colomb

Évêque de La Rochelle et Saintes